L'ENJEU D'UNE NUMERISATION GLOBALE

Garder la mémoire d’un site avant sa disparition complète et programmée


LES FAITS

Le site de Mes Aynak est situé dans la province du Logar, région instable au sud de Kaboul, dans un secteur encore en cours de déminage. Son sol renferme de nombreux vestiges de l’Empire Kouchane – civilisation bouddhique ayant prospéré du Ie au IIIe siècle de notre ère. On y a identifié une douzaine de monastères d’une richesse remarquable, dont certains abritaient des centaines de sculptures et de nombreuses fresques. Ce site sera malheureusement intégralement détruit car son sol renferme l’une des plus grandes réserves de cuivre non exploitées au monde. 

LA METHODOLOGIE

La richesse culturelle du site et sa disparition programmée appelaient la mise en place d’une stratégie particulièrement efficace pour son archivage 3D. Or, toute mission de numérisation était soumise à de nombreuses contraintes. L’instabilité de la région, d’une part, nous imposait des missions de 10 jours maximum, des délais très courts au regard du secteur d’étude, dont le relief est très escarpé. La présence de mines, d’autre part, rendait certaines portions du terrain inaccessibles à pied. En raison de ces entraves, la numérisation par drone s’est tout de suite imposée comme la meilleure solution. Ce procédé permet de produire en quelques jours une topographie très précise de toutes les parties du site, même celles encore minées, mais aussi d’en restituer les détails architecturaux et décoratifs les plus fins. 

LE SITE ET SON EVOLUTION

Superposition des modèles issus des missions 2010-2013


LES FAITS

A la demande de la DAFA (Délégation Archéologique Française en Afghanistan), les drones de notre équipe ont scanné le site de Mes Aynak chaque année depuis 2010, durant les travaux d’excavation réalisés par l’institut d’archéologie Afghan.

LA METHODOLOGIE

Chaque année depuis 2010, un nouveau modèle 3D de Mes Aynak a pu être reconstruit, notre équipe ayant réalisé des missions d’acquisition du site par drones successivement en 2010, 2011, 2012, 2013, et 2015.              

En regroupant ces modèles dans un seul espace, il est possible de générer un modèle évolutif, qui documente rétrospectivement l’avancée des travaux de fouille au cours de ces six dernières années.                                          

En superposant de manière précise les modèles, secteur par secteur, avant fouille et après fouille, il est possible de calculer, réstrospectivement, les hauteurs et la profondeur des niveaux retrouvés. Une véritable reconstitution du travail de fouilles est ainsi possible, permettant des réinterpretations et la prise de mesures a posteriori.

LE SITE ET SES DETAILS

Une numérisation multiscalaire


Douze monastères, disséminés dans un paysage escarpé de montagne rocheuse, ont jusqu’à présent été dénombrés sur le site de Mes Aynak. Leurs fouilles ont révélé un grand nombre de peintures et de sculptures de terre (de Bouddhas principalement).

Les numérisations detaillées du site sont indispensables à sa compréhension et à son archivage. Elles doivent être réalisées simultanément à plusieurs échelles, allant de la plus globale à la plus granulaire :

  • L’échelle du paysage : topographie de la montagne
  • L’échelle des architectures : monastères, ateliers, habitations
  • L’échelle des détails de décors : sculptures, peintures.

Pour mener à bien ces trois niveaux de numérisation, nous avons mis au point une méthode d’acquisition multiscalaire qui enregistre à la fois des détails millimétriques sur les zones pertinentes de sculptures, centimétriques sur les architectures et déca-centimétriques sur la topographie naturelle. En utilisant des protocoles de prises de vue par drone, il est possible d’ajuster automatiquement le degré de précision des reconstructions (milli, centi ou déca-centimétrique) en fonction de la distance entre l’appareil et l’objet scanné.

Les techniques de photogrammétrie permettent alors la superposition de chacune de ces échelles de représentation dans un même modèle 3D dit “multiscalaire”. Ce modèle sert de fond documentaire de référence à partir duquel est extraite la documentation servant aux archéologues : coupes, plans, relevés de détails…